Azemmour, Le Rameau d'Olivier

Le nom d'Azemmour est lié à celui de Moulay Bouchaïb, le saint patron qui a vécu à la fin du règne des Almoravides et qui mourut en 1166.
C'est d'ailleurs la première image qui surgit après le virage, après un tournant brusque, le fleuve vous prend à la gorge dans une sensation de beauté éternelle. D'un bleu foncé, le fleuve rappelle le passé maritime de la ville. Ce fleuve magnifique représente l'âme de la ville comme le décrit Zimmermann dans Villes et paysages du Maroc: « C'est la ville toute entière qui apparaît périlleusement accrochée dans un désordre pittoresque d'une blancheur exquise à l'oeil, sur le faîte de la falaise abrupte dont les eaux rouges du fleuve baignent le pied».Le paysage est magnifique, la ville qui se réveille se secoue d'une torpeur qui n'existe nulle part ailleurs. Malgré une animation précoce, les gens n'ont pas vraiment l'air de se presser.
Cette impression d'un temps qui a suspendu son vol est beaucoup plus présente à l'intérieur des murailles. Ici, les senteurs du henné mêlées au parfum du coriandre rappellent un passé glorieux. La médina ne diffère guère de celles des autres villes anciennes. L'arôme de la menthe est un irrésistible appel à la convivialité ; une petite échoppe transformée en café rassemble quelques vieux. L'étranger a sa place, on se bouscule pour assouvir sa curiosité et connaître en retour les raisons de sa visite.
Larbi, lui, ne demande qu'à s'épancher. En vieux loup de la mer, il n'a d'yeux que pour la mer. Il fustige tour à tour ces jeunes qui ont abandonné la mer pour un plancher des vaches bien ingrat, les autorités portuaires et un quotidien sans pitié. Il se souvient des années fastes du port d'Azemmour. Les raïs d'Azemmour qui sont réputés dans tous les ports de l'Atlantique: «tu connais Estivanico?" Derrière les yeux embués par l'âge et la fumée, je ressens une certaine jubilation. Il allait me faire la leçon et mes yeux ronds traduisaient sans aucun doute une ignorance certaine; il m'explique qu'en fait Estivanico , c'est le surnom donné à l'époque à un « Raïs » de la ville d'Azemmour qui avait fait baver les Portugais et qui avait finalement été adopté par ces derniers. J'eus la chance par la suite de retrouver l'histoire de ce fameux marin à qui on a consacré pas moins de six sites internet qui racontent son épopée.
L'histoire date de 1513. Mis aux fers, lors de l'occupation du port marocain d'Azemmour par les Portugais, Saïd ben Haddou a été vendu à Cadix à un capitaine espagnol.
Hommage
En 1540, deux ans avant l'évacuation d'Azemmour par les Portugais, une flotte partit de l'estuaire de cette ville pour conquérir le Mexique et la Floride. Connu pour sa bravoure et sa connaissance des océans, le raïs marocain a participé à l'expédition en tant que second de Don Antonio De Mendoza.
Il fut d'un grand secours pour la conquête du Mexique et de la Floride dont il devint gouverneur jusqu'à sa mort en 1549.
En son hommage, une association appelée "Association Estivanico" a été créée en Floride, plus précisément à El Paso.Azemmour signifie en berbère le rameau d'olivier, la capitale des Msamdas a été islamisée en l'an 667 soit l'an 45 de l'hégire par Moussa Bnou Nouçaïr. Une des mosquée les plus austères du pays fut construite à cette époque.
De ces échanges, la ville garde un cosmopolitisme qui la distingue des autres cités du pays. Un lieu privilégié où la rencontre des hommes se fait autant à travers l'espace qu'à travers le temps.

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